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\"L'Aliéniste\", de Caleb Carr

La plupart de nos lectures récentes tournent autour des mêmes sujets. Même pas fait exprès en plus.

C'est en faisant ce curieux constat à voix haute que l'on me renvoya vers L'Aliéniste, sorti en 1996, dont je n'avais pour ainsi dire pas entendu parler à l'époque. (En fait, si, mais comme je suis pas libraire depuis si longtemps, mon intérêt n'étant pas professionnel au moment des faits, je m'en fichais un peu, pour dire...)



Bref, je suis en pleine lecture, mais suffisament avancée pour en parler maintenant en pleine connaissance de cause.



A la fin du XIXeme siècle, un tueur en série s'en prend avec moults effets de boucherie aux -très- jeunes prostitués des boites spécialisées de la ville de New-York. Théodore Roosevelt, alors préfet de police sur la sellette, prend sur lui de confier officieusement l'enquête à deux camarades d'université, et à un petit détachement d'"hommes" de confiance.

Notre équipe ainsi constituée d'un "aliéniste" controversé accompagné de ses domestiques (comprendre: un psychiatre et ses anciens patients), d'un journaliste, d'une femme en quête d'émancipation (en pleine époque "sufragettes") et de deux frères sergents enquêteurs spécialisés en médecine légale, peut se lancer à corps perdu dans une enquête d'un genre tout particulier. Les compétences de chacun seront mises à contribution et nos profilers avant l'heure mettront sûrement un terme aux agissements cruels du meurtrier, mais j'en suis pas là pour l'instant.



L'intrigue est très prenante, le compte à rebours entre chaque meurtre y contribuant largement, et on ne peut qu'apprécier le travail de documentation et la justesse des descriptions. Il s'agit d'un effroyable voyage dans les bas-fonds New-Yorkais et ceux de l'âme humaine, ainsi qu'un tableau pour le moins épique des balbutiements de la psychanalyse et de la médecine légale. La non-officialité de nos enquêteurs et les risques encourrus par chacuns ajoutent encore au plaisir sournois et pervers d'un lecture angoissante.



Un petit bémol quand même : on sent la belle mécanique littéraire anglo-saxonne bien huilée, presque trop rutilante, au timing si précis jusque dans le moindre rebondissement. On se dit qu'il doit y avoir un truc...

Les personnages ont beau être extrèmement sympathiques, ils semblent pourtant manquer un peu d'épaisseur. En fait, ceux-ci pourraient même se résumer à des "tics" plus qu'a des caractères. Ce qui est un peu contradictoire quand on pense que les héros passent le plus clair de leur temps à dresser un portrait psychologique du tueur. La plupart des protagonistes principaux ne supporteraient pas la même approche si elle venait de leurs lecteurs...



Allez, c'est pas si grâve, on passe outre et on s'y met.

12/11/03 julie